Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 15 – Belote et rebelote

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton

 

Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

C’est une danse, une chaise musicale, un duel à O.K. Corral et aussi un vieux défi amical. Il y a les équipes qui viennent d’ailleurs, soupçonnées de s’être fait virer de partout pour avoir triché. On les accepte, mais, bien-sûr, si elles gagnent… Il y a les jeunes du coin qui s’affirment face à tous ces anciens, mais ils n’ont pas les réflexes. Il y a les couples ensemble ; et les couples où Madame est avec une copine, et Monsieur avec un copain. Quand ils jouent ensemble, ils se disputent, ils préfèrent s’affronter… Il y a les équipes indémodables et indécrottables : ils ne joueraient avec personne d’autre. Il y a les solitaires qui demandent à l’entrée : ̎ - je recherche un partenaire. ̎ Il y a les époux qui ont le même nom, les frères et sœurs qui ont le même nom, les pères et filles qui ont… Le concours de belote est un microcosme et l’équivalent du saloon dans les western. Le lieu où on y croise son voisin. Certains soirs, d’aucuns font près d’une heure de route pour un concours de belote. Celui-ci a attiré du monde. Gérard, à l’entrée me demande si je m’inscris. Je refuse gentiment. Il m’annonce, fier : ̎ - 58 équipes ! ̎ Pas mal…
La salle est pleine. Je louvoie entre les tables pour atteindre en bout de salle LE Lieu où se répandent les nouvelles : le bar. La bière y est kronenbourg, les sodas ne sont pas grandes marques, le café un amer concentré d’acidité grand-mère – les bonne-mamans ne sont pas toutes que douceurs et câlins… -. Les gagnants offrent la tournée – tradition – et certains commencent toujours en avance, leurs tournées...
Le boulanger, Paul, raconte une blague à l’épicier, Paul (du coup, il y a ̎ Paul-pain ̎ et il y a ̎ Paul-vin ̎). Le président de la chasse arbore une veste toute neuve, d’un vert mat et aussi ombrageux que son sourire est lumineux : ça devait être son anniversaire il y a pas longtemps, et c’était aussi son départ à la retraite. M. le Maire est là aussi, on se salue d’un mouvement de tête lorsque nos regards se croisent.
Une femme aux yeux noisette se tient appuyée sur le comptoir. Elle porte un pantalon qui ne cache rien de ses formes, ses cheveux sont attachés au-dessus de sa tête. Elle rit et ça fait comme une cascade fraîche sur les hommes autour d’elle, troublés et intrigués : qui est-elle ? D’où vient-elle ? Avec qui est-elle ? Soudain, un feu d’artifice s’accroche à son bras : jupe verte épaisse et virevoltante, regard énergique et pétillant, bouche rouge, cheveux roux détachés. Un charme sauvage, indomptable… La lieutenante de gendarmerie est une tentatrice, je le savais, et elle a amené une amie. Flic aussi ? Aucune idée, mais je m’approche discrètement d’elles, en espérant ne pas me faire remarquer de Karl Durandel ou de ses hommes.
Et c’est alors que je les vois.
Ils sont assis à une table, attendant le début des hostilités. Ils ont dépassé la quarantaine tous les deux. Un échalas, le crane dégarni sur des cheveux filasses et désordonnés, il porte une chemise hawaïenne dépenaillée, dont les pans cachent le haut du pantalon. L’autre est plus râblé. Des épaules de lutteur, un menton carré, des yeux gris, une chemise stricte couleur bleu-nuit bien calée dans un pantalon de velours noir. Le bidasse et le schizophrène. Ils semblent décalés dans cet environnement de villageois. Ils viennent d’ailleurs. Ils font tâche.
Personne ne s’approche vraiment de leur table. Les gens restent debout, à quelques pas. Ils attendent le début du concours.
Je me rapproche encore de la lieutenante, j’ai terriblement besoin d’avoir confiance en elle. Cléa me dirait de le faire. Je murmure :
̎ - Bonjour. J’ai des ennuis. L’homme est ici. Et aussi (j’indique d’un doigt les deux hommes attablés)… Eux. Je pense que ce sont les tueurs. ̎
Elle me regarde d’abords avec surprise puis, tout en glissant son visage dans les cheveux flamboyants de sa complice - nid magnifique… -, elle observe les deux escogriffes.
̎ - Et l’autre ?
- Dehors, avec ses hommes, deux gorilles. Ils ont enlevés Cléa, Clem et les enfants. Ils veulent attraper ces hommes, là, et récupérer la boîte. Je dois les attirer sur moi. Je… je ne sais plus quoi faire.
- Ne faites rien, on va s’en occuper. ̎
Elle en a de bonnes, la pandore ! Je me retrouve figé au milieu de la foule. Comment ça, ne rien faire ? Mais moi, j’ai besoin de faire quelque chose, je ne peux pas rester spectateur. Et ma femme ? Et mes amis ? Et ces tueurs dans la salle ? Et ces tueurs dehors ? Alors, je fais une connerie.
Je distingue du coin de l’œil la gendarmette qui s’éloigne le téléphone à l’oreille et je me dirige droit sur Wallace et Gromit :
̎ - J’ai ce que vous voulez. Je vous donne les plans et vous disparaissez. Suivez-moi dehors. ̎
Je n’en reviens pas d’avoir dit ça ! Mais c’est trop tard, je me dirige vers la sortie et je les entends derrière moi :
̎ - C’est un piège !
- Tu vois des pièges partout, Dave, c’est pour ça que tu es fou. Que veux-tu qu’il nous fasse ici, en pleine foule ?
- Et les flics, Jean-Claude ? Et Durandel ? ̎
Je ne comprends qu’au dernier moment que ça ne se passe pas comme prévu. C’est un froissement de tissu, puis un bruit métallique. ̎ Dave ̎ est en train de dégainer et d’armer un pistolet plus long que… plus long que… très très long. Je comprends que certains les caressent ainsi. Quel attribut !
Il va tirer ? Je hurle et me jette sur lui. Le bout du canon est encore bloqué par la ceinture, sa main empoignée dessus, coincée. Il parvient tout de même, de l’autre bras, à me faire basculer par-dessus lui, et on tombe sur les tables, lui un genou à terre, moi comme une loque, affalé. Son pote sort un flingue aussi.

 

 

2 Commentaires sur “Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 15 – Belote et rebelote

  1. Attention : erreur !
    Le chapitre XV manque
    Il s’appelle « Belote et rebelote ». Il est avant « Dix de Der » !

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