Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 17 – Un plan ?

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

 

̎ - C’est quoi que vous ne comprenez pas dans – ne faites rien - ? Vous avez été stupide et inconscient…
- Et très courageux, reprend Marc qui arrive derrière la Bretonne en colère. Tu t’es jeté sur lui et tu nous as peut-être sauvé la vie. On a une blessure par balle, maîtrisée. Quelques fractures et des contusions. Les fractures sont des personnes âgées bousculées dans leur fuite. On a eu de la chance. C’étaient des terroristes ?
- Plutôt des mercenaires, d’anciens militaires recasés dans la vente d’informations et les actions en tous genres. Comme cette série de meurtres et de violence chez vous. ̎
Le maire et moi regardons cette rousse bergère nous faire ce docte discours. A nos yeux interrogateurs, elle comprend qu’il nous manque un élément…
̎ - Heu, pardon. Lieutenant-colonel Marcelle Dechantilly, de la DGSI, services du contre-espionnage français. Je suis une vieille amie de Maelenn. Et une spécialiste de ce genre de dingues de la gâchette... ̎
Donc, Dave est un cinglé. Il s’est enfui. Jean-Claude est un bloc, une machine. Il est blessé, arrêté, mais peu de chance qu’il parle. Même sous la torture.
- Ils attendent des ordres. C’est pour ça qu’ils sont encore là. Et Dave ne s’est pas enfui, il est aux mains de Durandel. Je les ai vus passer là – je montre la route devant nous, où deux ambulances des pompiers viennent de s’arrêter – il y a deux minutes. Il va le tuer quand il l’aura fait parler. Il doit libérer ma femme, notre amie et nos enfants. Vous croyez que … ? ̎
Le vertige me prend et je m’écroule doucement, dans les bras de Marc pour qui je ne dois pas peser beaucoup, même avec ses problèmes de dos. Je dois l’avouer, Monsieur le Maire, je n’ai pas voté pour vous, ça n’est pas dans ma nature, mais vous êtes tout d’un coup un sacré soutien. Je ne l’oublierai pas. Mais plus tard, pour la valse…
 
J’ouvre les yeux. Maurice est allongé à côté de moi. Il a un gros pansement tâché de rouge sur l’épaule, ses charentaises sont tâchées elles aussi. Ce sont les charentaises pour sortir, pas celles pour conduire le tracteur. Entre l’épaule et les pieds, la même couverture de survie qu’à moi, un truc couleur de l’espace avec des reflets métalliques… J’aime bien Maurice, il porte toute la bonté du monde dans son regard. Je suis navré pour lui. Je le lui dis :
̎ - Oh, Maurice, je suis désolé de ce qu’il vous est arrivé !
- Hin, hin, c’est pas grave, je suis vivant. On est tous vivants. C’est plutôt moi qui suis désolé, rajoute-t-il de son sourire tout tendre. On a tous appris pour ta famille. J’espère que ça va aller. ̎
Ma famille ! Je me redresse, heu, je tente de me redresser. Je suis bien faible, nauséeux. Un pompier me voit m’agiter et m’aide à m’asseoir sur le muret qui borde la placette devant la salle des fêtes.
Nous sommes une bonne douzaine de personnes installées ici, à la va-vite. Je vois des uniformes bleu tourner dans la salle. Ils doivent relever les empreintes, les cartouches… Et du coup, les blessés sont installés dehors. Mais il fait froid ! Ils ne sont pas bien ! Il y a Maurice, donc, Rat-Taupier aussi, avec un bandage au poignet (ce surnom, Ratte-au-pied, c’est moi qui lui ai donné, c’est un secret, mais je suis navré pareil pour elle…), Paul-pain et Paul-vin côte-à-côte, en train de dire des conneries encore. N’étaient la plaie à la tête de l’un et le bras en écharpe de l’autre, et leurs couverture brillantes de survie étalées sur les corps, on pourrait croire qu’il ne s’est rien passé pour eux.
La gendarmette au kouign-amann et la rousse à la chantilly m’ont repéré. Elles s’approchent et je sens l’intérêt des hommes et la jalousie des femmes autour de moi. En fait, elles sont une magnifique distraction à ce qui nous arrive. Vous entendez, les forces de police et les services secrets ? Engagez des beautés inaccessibles dans vos services d’ordre, ça nous fera oublier nos problèmes… Elles sont accompagnées par mon copain le pompier, toujours aussi gros et grand et mal rasé dans son costume bleu-noir aux  liserés rouges. Il ne me fait pas oublier mon récent accident, lui :
̎ - Vous ressemblez de plus en plus à ma mère, je lui dis. ̎
Il ne comprend pas. A dire vrai, moi non plus. Je veux rentrer, je veux retrouver les miens. Comme si elle avait lu dans mes pensées, Maelenn me dit :
̎ - On a un plan pour récupérer tout le monde sain et sauf. ̎

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