Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 18 – Des retrouvailles

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

Il y a eu un temps de flottement, puis, d’une seul coup, sur l’ordre du feu d’artifice en jupe de hippie appartenant aux services secrets, tout s’est organisé : les blessés ont été emportés ou raccompagnés à leurs véhicules, un espace plus confortable avait été installé dans la salle des fêtes où ont été installés tous ceux qui devraient attendre la prochaine ambulance ou le retour d’un proche pour rentrer. En moins d’une minute, plus personne n’était dans le froid.
Sauf moi - et le service d’ordre le plus charmant et le plus lesbien de tout le Massif Central :
 - On sait à présent où il se cache. Karl Durandel et ses vétérans de l’autre siècle. On prépare déjà l’assaut. Mais, avant, vous avez des choses à nous raconter.
- Je suis entièrement dévoué à votre cause. Mais, vous ne craignez pas qu’une attaque mette les otages en danger ?
- Pas si on les a déjà libérés. Ils ne sont pas au même endroit, une équipe est déjà sur place. Vous allez retrouver votre famille. ̎
Je la fixe avec, dans les yeux, tout le doute et la méfiance que m’inspirent ce genre de phrases. Cela ne fait que deux jours que je me frotte à des barbouzes sur le retour, mais j’ai compris une chose : on ne rigole pas avec leur capacité de nuire. Mais comme on m’apporte une tasse de café bien chaud, bien amer, limite adjuvant, le gobelet en plastique a l’air de vouloir fondre en mes doigts, je me mets moi aussi à fondre devant leurs regards inquisiteurs. Je raconte les derniers événements, depuis la boîte d’appeaux jusqu’aux plans pour un trésor au Laos (quand je raconte ça, je me rends compte qu’on doit me prendre pour un fou…), mes relations avec le grand teuton Durandel et le plan pour attirer Dave et Jean-Claude. Tiens, d’ailleurs, Jean-Claude ?
̎ - Entre nos mains, pour l’instant. L’armée va le récupérer. Il est accusé d’espionnage, de trahison, de meurtre au premier degré, de viol dans d’autres pays et en plus il a insulté un gradé. Il est foutu.
- Sauf si il négocie, et donc il va parler, et donc il sortira, mais on saura peut-être d’où viennent ses ordres… Mais si c’est un ministre, ça n’y changera rien. Moi, j’m’en fous, tant qu’il ne revient jamais par ici.
- Dans deux heures, maximum, les otages seront libérés et ramenés à la maison. On va vous y escorter, et vous pourrez les y attendre... ̎
 
La maison est vide, excepté les chats qui attendent devant la porte. Je ne me souviens même plus les avoir sortis. Sur les conseils de Marcelle Dechantilly, je m’affale dans le canapé. Les pandores repartent vers la nuit, je reste. Comme un phare dans la pénombre, je laisse toutes les lumières, intérieur et extérieur, allumées. Je sais que je n’arriverai pas à dormir, je le sais tellement bien que je ferme les yeux quand même. Et je m’endors.
 
C’est une sensation plus qu’un son distinct, mais je réalise soudain qu’une voiture, non, deux voitures passent le portail et se rangent sur l’herbe. J’émerge d’un coup, me précipite dehors. Par les portières ouvertes, ils sortent. Cléa, Lola et Yvon ; Clémentine et les trois garçons. Je me jette dans les bras de ma femme et je pleure à chaudes gouttes tandis que les enfants se blottissent tout contre nous. Lorsque je me relève, j’étreins plus brièvement Clem et attrape son petit dernier, Augustin, pour le coller affectueusement contre mon torse.
̎ - Venez, rentrons. ̎
Le Major est là, ainsi qu’un grand type plein de muscles, cheveux blonds à la brosse et armes collées un peu partout sur le corps. Ils ont envoyé les troupes de choc. J’en suis heureux. J’ai encore des larmes qui me piquent les yeux. Le vent s’est levé et la nuit brille de mille paillettes. Le froid est une caresse apaisante. La maison un refuge bienvenu. La Degaëdic met la  bouilloire en route. Clem nous regarde :
̎ - Cléa, je te laisse raconter ? Je ne peux pas laisser les enfants seuls, je vais aller nous coucher.
- Mais bien-sûr. C’est fini, maintenant, n’est-ce-pas, Maelenn ? On ne craint plus rien, ici ?
- Un agent va rester toute la nuit ici, et il n’y plus de raison pour que l’on s’en prenne à vous. Oui, vous pouvez aller vous reposer. Vous l’avez amplement mérité. ̎
Je me sens comme un enfant. J’ai le nez et les côtes en compote, mais je tiens mon Yvon sur mes genoux, ma douce est à mes côtés, notre Lola blottie contre elle. Je n’avais peut-être jamais vraiment réalisé à quel point ils comptent pour moi. À quel point ma vie ne serait rien sans eux. Je continue à pleurer de bonheur. Le major Degaëdic s’assoit en face de nous, le porte-biceps à-côté d’elle.
̎C’est Cléa qui prend la parole :
̎ - Ils ne nous ont fait aucun mal. Ils nous ont emmenés dans une ferme vers Leynhac. Il y faisait un peu froid, alors ils ont fait du feu, et nous ont réchauffé un bouillon. Le chef est reparti. Ton Ankou, je pense. Il restait un type sympa, costaud, âgé, mais sympa. Il nous a dit qu’il avait des petits enfants. Qu’il n’avait aucune intention de nous faire du mal. Qu’on serait relâchés très vite. Il nous a apporté des couvertures et on s’est blottis autour du poêle.
Maelenn a repris :
- Il n’y a pas eu de résistance. Le gardien laissé par Durandel n’avait pas le cœur à faire du mal à qui que ce soit. Ou alors, c’étaient ses ordres. L’assaut s’est déroulé tout doucement. Le commando d’intervention n’a même pas eu à briser la porte. L’homme était désarmé, il nous attendait, une tasse de lait chaud à la main. Marcelle est en train de le cuisiner pour préparer l’assaut contre Durandel et les autres mercenaires. On n’a pas de nouvelles de la boîte d’appeaux pour l’instant. Pour nous, la nuit est loin d’être finie. ̎

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