Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 20 – Un rapport des événements

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

Margolette approche la main du tas humain gisant sur la terrasse. Elle tire la couverture. Dessous, Dave gémit encore, la tête sanguinolente. Je me lève et pénètre dans la buanderie. J’en ressors armé d’une pince coupante et du tuyau d’arrosage. J’en découpe aussitôt des bouts d’un bon mètre de longueur et Cléa vient m’aider à ficeler le tueur blond, les mains dans le dos. Il est l’image même de la douleur mais je n’ai aucune pitié. Le soleil vient lécher la terrasse, enfin. Je me redresse, les cheveux dans la lumière mordorée de ce petit matin d’hiver :
̎ - Il faut appeler Maelenn, il faut des secours pour Franck. Il me faut un petit déjeuner. ̎
 
Deux ambulances sont venues, deux ambulances sont reparties. Des gendarmes ont escorté les pompiers,  autour de Dave toujours inconscient – il sera étroitement surveillé - mais aussi avec Franck, leur infortuné collègue – son bilan vital n’est pas engagé…-.
Marc est venu, avec son premier adjoint, Roméo (Alfa St Tendre-Haie, de nom, ça ne s’invente pas…), journaliste et responsable de la communication de la commune, parce que là, il est temps qu’ils s’y penchent, à la communication : deux meurtres, des tentatives d’assassinat, des enlèvements, une course au trésor, et tout ça en moins de trois jours ! Si j’osais écrire ça dans un livre, on me déclarerait crétin et on jetterait tous mes textes à la poubelle. Heureusement que l’idée ne m’en est jamais venue…
J’hésite à me resservir un café, parce que je sais qu’au troisième mug, ça me fiche des palpitations. Maelenn est assise en face de nous, Margolette à ses côtés. Marc est debout, les bras croisés. Roméo assis, un stylo agile remplissant les pages de son carnet à spirales. Avec Cléa, nous racontons les derniers événements, la chef des chefs opine ou fait raturer, pour éviter des détails qui doivent rester secrets, le temps que l’enquête progresse.
Clem nous a annoncé que ses parents viennent les chercher, elle et les enfants, pour les emmener en congés anticipés, dans la Drôme, parce que cette dernière agression, chez nous, ça commence à faire beaucoup. Elle rassemble ses affaires, leurs affaires, dans la chambre. C’est dimanche, rien ne presse. Je me souviens que Karl a parlé de la Drôme, d’où il serait issu. Qu’est-il devenu, celui-là ? Comment s’est passé l’attaque des forces de l’ordre sur leur lieu de repli ? Comment Dave est-il parvenu à s’échapper ? Où se cache la boîte aux appeaux ? Qu’en est-il de la préservation du pipit farlouze ? Quelqu’un veut-il dire à Yvon de lâcher cette planche à découper ? Lola remettra-t-elle sa couverture rose tâchée de sang sur ses épaules ? Où est le bouton pour que j’arrête de poser des questions qui deviennent de plus en plus stupides ?
Lorsque Marc et Roméo (non, non, je ne crois qu’il y ait une histoire d’amour entre eux…) nous quittent, on se tourne tous vers la belle gendarme et on ne cille pas : il est temps qu’elle nous raconte ce qu’il s’est passé cette nuit.
̎ - Bon, je suppose que je vous dois quelques explications. Ça ne s’est pas vraiment bien déroulé. Mais on n’avait pas prévu que Dave revienne ici. On le pensait loin, à l’heure qu’il est… Et on vous a mis en danger, du coup…
 
Rapport sur les événements de la nuit :
Plaine sportive de Boisset, 21h. Une brigade du GIGN  débarque tout juste de la capitale. Elle se sépare en deux commandos.
Cinq hommes partent prendre d’assaut une ferme aux abords de la commune de Leynhac afin de libérer 7 otages civils, deux femmes et cinq enfants. Leur mission sera un succès sans heurt ni violence : le gardien des otages ne souhaitait pas résister. Il est mis aux arrêts. Interrogé, il refusera de parler, mais communiquera son nom aux forces de l’ordre. Ses états de service dans différents corps d’armée et pour les services secrets parlent pour lui. Il ne trahira pas ses donneurs d’ordre. Il avoue en souriant : il est trop vieux pour ses conneries.
Les otages civils sont rapidement interrogés, auscultés par un médecin avant d’être ramenés à leur domicile. Deux garçons d’une dizaine d’années invectivent les militaires parce qu’ils les obligent à porter des couvertures trop grandes et qui piquent, sur leurs épaules. ̎- Elles doivent avoir des puces, ça sent la sueur, disent-ils. ̎ Des mères sourient et laissent faire… Ils sont tous en bonne santé.

6 Commentaires sur “Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 20 – Un rapport des événements

  1. Je suis d’accord, l’idée du reporter était assez drôle ^^ je me demandais quand est-ce qu’il allait enfin débarquer!

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