Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 21 – Un rapport des événements (2)

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...
 
L’autre commando encercle le haut-lieu de l’animation villageoise, la salle des fêtes. Mais ils ne sont pas encore en place que retentit le premier coup de feu, suivi de la fusillade qui verra tout le monde s’enfuir et se marcher dessus. Des fous sanguinaires se cachaient parmi les joueurs.
Le commando ne connaît pas encore sa cible. Il laisse s’échapper un 4x4 noir. À son bord l’ancien militaire Karl Durandel, deux de ses complices, des baroudeurs comme lui, et Dave, le tueur fou.
Le Major Degaëdic de la Brigade Mobile de Maurs et le commandant Dechantilly de la DGSI, sur place en civil toutes les deux, ont tout de même procédé à l’arrestation de Jean-Claude, l’autre tueur, blessé à l’épaule. On ne sait toujours pas si ̎ Jean-Claude ̎ et ̎ Dave ̎ sont des surnoms, des pseudonymes ou leurs réels prénoms. Il est clair que Jean-Claude ne facilitera pas la tâche des enquêteurs sur ces questions-là.
Les procédures d’usage se mettent en place autour de la salle des fêtes : secours, recherches d’indices, interrogatoires. Retour des victimes qui le peuvent à leur domicile, évacuation des autres.
 
Il est minuit et 45 minutes lorsque les deux commandos se retrouvent à proximité d’un corps de ferme loué très récemment dans un hameau, sur la commune de Leynhac, à trois kilomètres de la première intervention.
Un informateur anonyme a vu arriver Durandel et d’autres hommes peu avant dans la nuit. Les soldats se déploient autour des bâtiments. Le Major Degaëdic et le Commandant Dechantilly sont présentes en tant qu’observatrices.
Les issues rapidement identifiées, les troupes prennent position et enfoncent les portes. Les soldats sont accueillis par des salves de tirs. Ils répliquent et progressent dans le bâtiment. Un sergent est blessé au cou par des éclats de pierre passés sous sa tenue protectrice. Il saigne abondamment, est évacué aussitôt. Sa vie n’est pas en danger. Un tir traverse la bouche d’un des mercenaires. Il tombe sur les fesses, position assise. Il a un fusil d’assaut sous le bras gauche, une AK47 sous le droit. Les deux armes  sont encore chaude de ses tirs de barrage, visiblement destinés à faire croire qu’ils étaient plus nombreux... L’assaut est terminé.
L’autre mercenaire est découvert dans une pièce vide à l’étage, la gorge tranchée : selon les premières constatations, des balles tirées par les forces de l’ordre ont tranché les liens de l’otage appelé Dave, ou le tueur fou. Ces mêmes balles ont éclaté le bois des fenêtres, fournissant au forcené l’arme idéale pour surprendre son gardien et l’assassiner : un éclat de bois long et affûté, est resté planté dans la gorge du mercenaire. Hémorragie fatale. Dave s’est enfui.
Les deux hommes de Durandel gagnaient du temps. Ils avaient certainement prévu de résister le plus longtemps possible, permettant à leur chef de disparaître.
Aucune trace d’une fameuse ̎ boîte à appeaux ̎.
 
Maelenn se tait. Son rapport ressemblait à ça : mi-langage officiel, mi-langage oral direct, plus quelques remarques personnelles à volonté salace ou provocatrice que la bienséance m’interdit de reproduire. On dirait que cette nuit d’action lui a donné un coup de fouet, à la bretonne, elle se lâche ! Margolette, à côté d’elle, sourit à chacune de ces saillies. Je ne l’avouerai que sous la torture, afin de préserver son honneur, mais je crois qu’elle s’amuse beaucoup, ma voisine, depuis qu’elle a écrasé son bâton sur la tête du blond filasse qui en voulait à mon intégrité. Elle n’a jamais passé autant de temps chez nous, et n’a pas l’air pressée d’en partir. Et Maelenn semble la considérer comme sa vieille formatrice à qui elle aurait tout confié, c’est dire ! Peut-être que Margolette est encore plus impressionnante que Durandel, en fin de compte ?
Et si c’était elle, le chef de gang, en fait ?
La tête mystérieuse qui dirige tout ?
La main cachée qui manipule ?
Interrompant mes pensées, mon fils arrive, et ma fille, qui l’entourent : ils ont vaincu le monstre ensemble, avec Margot, et c’est comme s’ils avaient senti mes doutes absurdes. Ils la soutiennent. Ils me regardent comme on regarde un enfant qui est pris en faute. Je baisse les yeux. Elle est leur amie, point. Et je suis fier et heureux qu’ils aient une amie comme elle. Même si elle m’impressionne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.