Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 22 – Un piège

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

̎ - Je résume : Dave et Jean-Claude m’ont retourné la voiture pour récupérer la boîte à appeaux, en peau, en plus, la boîte… - le temps de silence derrière un jeu de mots témoigne de sa qualité… - Mais comme leur patron ne leur a pas dit de l’ouvrir, ni de la lui rapporter, ils sont restés dans le pays à attendre. Normal, Karl Durandel a supprimé le fameux patron avant de débarquer ici, en recherche de la même boîte, qui entre-temps, a atterri entre les mains de Sébastien. Dave et Jean-Claude ont donc tué Bob, puis Seb, puis ils ont tenté avec moi…
- Ils ont tué aussi le propriétaire auprès de qui ils louaient une maison. Il a dû demander des justificatifs de domicile…
- Je remercie la Généralissime Degaëdic pour la pertinence de son interruption. Ne recommencez pas, où j’appelle le ministre. Donc, Ils me piquent la boîte mais ne savent pas vraiment quoi en faire. Aussi, quand je leur dis que j’avais sorti la carte au trésor de la boîte avant qu’ils ne bousillent ma belle voiture bleu, ils doutent. Ils prennent peur : et s’ils avaient fait tout ça pour rien ? Ils paniquent. Ils passent à l’attaque. Et c’est la fusillade à la salle des fêtes. Puis Dave est attrapé par Durandel, puis Durandel s’enfuit. Alors, où est la boîte ? L’Ankou l’a-t-il récupérée ? Dave a-t-il parlé ? Et qu’est-ce que Durandel veut en faire, de cette boîte ? Et surtout, il est parti, celui-là, ou on risque encore d’avoir de ses nouvelles ici ?
À vous, Madame Maelenn… ̎
Mais la gradée fait non avec la tête.  Elle n’a aucune réponse à ces questions et je vois qu’elle s’inquiète de savoir ce bonhomme encore dans la nature. Clem est descendue nous rejoindre. Personne ne dit mot. Le silence est épais comme une couche de brouillard sur un matin d’hiver, dans les vallées de la Châtaigneraie Cantalienne. Je frissonne. Je me souviens que c’est dimanche, alors :
̎ - Bon, qui c’est qui mange ici, ce midi ? On a peut-être encore le temps d’aller chercher quelques poulets au marché, et on fera des pâtes…
 
Finalement, Margolette est retournée chez elle. Maelenn a prétexté avoir des rapports à rédiger en retard, pour s’éclipser. Elle a laissé deux agents dans une voiture devant la maison.
Clem nous a fait un gros câlin sur le canapé, bientôt rejointe par ses enfants, puis les nôtres. Elle en avait gros sur le cœur, et un peu peur aussi de la situation. On a tenté de la rassurer comme on le pouvait. Son fils aîné, le copain d’Yvon, est le plus mutique. Lui ne dit rien, il garde tout. Lors du câlin, lorsque Lola et Yvon sont venus s’appuyer à la pyramide humaine qui menaçait de faire s’écrouler notre beau canapé orange, le garçon a versé une grosse larme du haut de ses dix ans et l’effet domino s’est déclenché. On s’est tous mis à chialer intensément, et c’était bon d’ouvrir les vannes, et de partager le chagrin. Il y a juste le canapé qui fait la tête, trempé d’un coup par toute cette eau et ce sel. Je pense qu’il restera décoloré à jamais. Comme nous.
 
Je contemple la nappe moutonneuse et nacrée qui rougit le ciel, comme un troupeau de brebis orange fluo qui paresserait au-dessus du jardin. L’automne est vraiment magnifique. Les pieds dans l’herbe à nouveau humide, j’ai froid. J’ai envie de rester seul, pourtant.
J’ai une idée qui tricote son chemin de nœuds et de lignes dans mon cerveau. Un canevas ni chaud, ni beau, mais terriblement invasif. Je crois que je sais comment trouver l’Ankou. Et la boîte d’appeaux. Mais il va me falloir de l’aide.
Je retraverse le jardin et surgit en plein milieu d’une compétition de billes : les garçons ont utilisé tout le salon jusqu’à la cuisine avec des livres, des bouts de cagettes, de petites barres de bois de construction, des chaussures et des ustensiles de cuisine. Un grand parcours pour billes, qui roulent sur le carrelage, sans contrôle, se glissent sous les meubles et rebondissent avec des petits bruits de verre. Ils sont appliqués. Je ne les dérange pas. Je monte expliquer mon plan à Cléa.
̎ - Et si Karl Durandel n’avait pas encore la boîte ? Je ne pense pas qu’il aient pu faire parler ce cinglé de Dave. Donc, je présume que la boîte est encore cachée près de la maison où ils habitaient, celle dont ils ont tué le propriétaire. Et c’est là aussi qu’il y a des gendarmes, puisqu’il y a eu meurtre. Karl doit se cacher et attendre que tout redevienne calme pour aller fouiller. Ça nous donne l’avantage. Puisqu’on sait ce qu’on cherche, et que les gendarmes sont nos amis – je ne pensais pas dire ce genre de choses un jour… - alors on va trouver cette foutue boîte avant lui, et l’attirer ensuite dans un piège. Il ne repartira pas sans ses plans, il ne nous reste qu’à les trouver et on lui fait passer un message. Pour qu’il vienne se jeter dans la gueule du loup.
- C’est n’importe quoi, ton plan. Il suffit qu’il ait déjà la boîte et il ne reviendra jamais dans le pays. ̎
Cléa est insupportable des fois, surtout quand elle a raison. Mais je suis têtu :
̎ - Et même si il y a une chance sur mille, il faut la tenter. Et je ne vois pas comment il aurait pu mettre la main dessus, pas en aussi peu de temps, pas avec toutes les forces de police qui lui courent après. Je pense même qu’il nous surveille, nous, pour l’amener plus sûrement à la boîte…
- Ou alors, ça te monte à la tête, tout ça. Je te préviens, je ne supporterai pas que tu prennes part à des fusillades et à des bastonnades sur la terrasse tous les jours. J’ai déjà eu bien assez peur. Il est temps que ça finisse.
- Je suis bien d’accord avec toi. Il est temps que ça finisse. ̎

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