Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 23 – Une fouille populaire…

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

Il a suffit de deux coups de fil et me voilà à nouveau à la salle des fêtes. Autour de nous, une partie du GIGN, quelques agents de la DGSI, le maire, son premier adjoint et les deux employés communaux, et des chasseurs, joueurs de pétanque et autres membres d’association locales, lesquelles se recoupent toutes plus ou moins. Une quarantaine de personnes qui ont reporté toute autre activité en ce lundi matin, afin de retrouver une jolie boîte en bois recouverte d’un joli cuir, contenant des appeaux uniques et des plans pour un trésor inestimable à l’autre bout du monde.
Mais bien-sûr, rien n’est jamais simple, au pays des vaches et des châtaignes. Tout commence par des reproches :
̎ - Et notre concours de belote ? Tu as amené ces fous dangereux ici, tu les as provoqués dans la salle, et tout est parti en couilles ! On va devoir rembourser toutes les inscriptions, jeter les lots qui seront bientôt périmés, y a des tables et des chaises cassées, et plus personne ne viendra jouer à Boisset ! Alors, maintenant, tu veux qu’on travaille pour toi ? Mais tu te prends pour qui ? ̎
On l’appelle Makyo au village. Il est grand, gros, il a le caractère et l’intelligence d’un dragon. Et je crois que pour l’instant, le caractère a pris le pas sur l’intelligence… Heureusement, je ne suis plus tout seul dans cette histoire, et c’est Maelenn Degaëdic qui prend ma défense. Du haut de son mètre soixante et des poussières, elle toise l’immense Makyo :
̎ - Ce n’est pas pour lui que vous allez travailler, c’est pour vous, vous tous ici dans le pays, et sous mes ordres à moi. Il y a eu plusieurs meurtres pour une histoire qui ne concerne en rien Loïc, et pourtant, il est intervenu, il a risqué plusieurs fois sa vie et il est encore présent pour chercher des solutions. C’est votre cas ? Parce que sinon, je vous demanderai de bien vouloir la fermer. On a du travail et vous nous faites perdre notre temps. ̎
Elle se retourne et tout est dit. Makyo cherche le regard de Marc, autorité parmi les autorités sur la commune, mais celui-ci hausse les épaules. Il n’y a rien à ajouter. Donc il me jette un regard noir, meurtrier. Je lui souris, aux anges, comme un enfant content. Je ne me suis peut-être pas fait un ami, mais ça fait un bien fou.
Marc et Maelenn réunissent tout le monde autour d’eux pour distribuer les rôles et les consignes : se rendre à la ferme occupée par Dave et Jean-Claude, refouiller les bâtiments, la cour, le jardin, puis en cercles concentriques, les alentours, les fossés, les granges, les véhicules, les arbres… Je montre approximativement avec mes mains la taille de la boîte, la décris.
On fait quatre groupes, chacun dirigé par un ̎ local ̎ et un gendarme. Maelenn coordonne. Paul-pain, Makyo, Marc et moi-même nous retrouvons ainsi chacun à la tête d’une dizaine de personnes, civils et militaires mêlés. Comme l’a expliqué Maelenn, il faut diversifier les points de vue, la boîte n’est pas grande, toutes les idées seront bonnes pour la retrouver.
̎ - Pour savoir trouver, il faut savoir cacher. ̎ Je repense à mes années lycée, lorsque mon grand frère fouillait ma chambre, plus par désœuvrement qu’autre chose, à mon avis. Alors, je cachais tout : l’argent de poche, la collecte pour organiser une fête à mon anniversaire, la boulette de shit, les préservatifs que je n’utilisais jamais, célibat timide oblige… Et je retrouvais des traces de son passage, mais il niait, le bougre ! Alors je cachais encore mieux, tellement que peut-être, parfois, je l’ai accusé de m’avoir volé, alors que j’avais juste trop bien fait mon boulot, et que je ne retrouvais pas moi-même ce que j’avais dissimulé. Bien-sûr, je ne dis rien de tout ça à mon équipe.
Je n’ai que deux militaires avec moi, dont le jeune qui m’avait laissé fouiller la maison de Seb et Clem ! Je lui souris avec amitié, il répond par un haussement penaud, il a dû se faire tirer les oreilles après cette histoire... On commencera par la maison : apporter un œil neuf là où le GIGN a déjà fouillé…
On se serre dans deux voitures. La mienne sent la biquette, le plancher est tapissé de boulettes de terre sèche et de poils de chien. Je roule sur une canette vide qui se cachait sous le siège mais je suis tellement serré par mes deux compagnons de banquette que je ne risque pas de tomber. Je crois que le chauffeur s’appelle Simon. Je l’ai croisé une ou deux fois au village. Il a l’haleine aussi fraîche que les tapis de son 4x4. Le jeune gendarme est assis à côté de lui pour le guider. Je suis sûr qu’il rêve de le faire souffler dans le ballon, mais ce sera pour une autre fois...
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.