Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 24 – Une maison inconfortable

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...
 
La Châtaigneraie Cantalienne est un labyrinthe de collines et de forêts, de rus sauvages et de pâtures paisibles. Les habitations y sont dispersées en fermes et hameaux, petits bourgs hébergeant une église, voire une école, maisons esseulées. Les hommes ont dû vouloir s’isoler, ou chacun avait l’ambition de se développer tellement que ce seraient les autres qui viendraient à lui. Respect de l’intimité de chacun ? Ou concurrence effrénée et maladive ? C’est ma source, ma colline, je ne partage pas !
Je plains les enfants quand ils devaient aller à l’école, à pied... les jeunes rentrant un peu saouls du bal, les personnes âgées qui cherchent des partenaires de belote, sans voiture…
Mais je ne plains pas les mercenaires ou bandits en recherche d’une planque discrète. L’idéal !
Je plains par contre les bons citoyens et gendarmes en recherche d’une aiguille, pardon, d’une boîte, dans une meule de foin de la taille d’un hameau comme celui-là. Les pauvres ! Zut, c’est moi, c’est nous. Mais qu’est-ce qui m’a pris d’avoir une idée pareille ?
La maison est abritée derrière un rideau de frênes l’isolant du reste du hameau. Je ne suis même pas sûr de pouvoir en retrouver la route. Je pense que le jeune gendarme a un GPS caché entre ses genoux pour paraître aussi sûr de lui dans ses indications, ou alors il est né dans le pays. Ou alors, il est un cyborg de nouvelle génération, mais ça, c’est juste le genre d’idée que j’ai lorsque l’angoisse m’étreint. Ou que j’ai bu trop de café. Bref, j’ai la cervelle en ébullition. Heureusement, on est arrivé.
Le froid nous saisit alors que nous nous extirpons de la niche ambulante et tout-terrain. Autour de nous, les portières claquent. L’air est pur. Simon boude. Je comprends. Il se penche derrière son volant pour en retirer un paquet de clopes, mais je le soupçonne en fait de prendre une goulée du seul air qui lui est bon : celui de sa voiture où marinent des années de chaussettes, de chiens mouillés, de tabac froid et de bière renversée. Je comprends…
J’arrête de réfléchir et je dis une connerie :
̎ - Où est la maison, chef ? Puisqu’on doit commencer par là, autant commencer par là... ̎
Personne n’ose ne serait-ce que sourire, mais la jeunesse en costume bleu et timide indique la porte vieillotte d’une maison pas finie, aux fenêtres écaillées et gondolées, au murs non enduits, au toit moussu et suintant : si je louais un truc pareil, moi aussi, j’aurai envie de tuer mon proprio…
̎ - On a des lampes ? Parce que je suis pas sûr qu’il aient installé la lumière, là-dedans. C’est tout juste s’ils ont mis des murs et un toit avant de le louer…
- Épargnez-nous vos sarcasmes. Et dites-nous comment vous voulez qu’on procède, puisque c’est vous le chef, maintenant, se rebiffe le schtroumpf qui n’en mène pas large.
- On est dix. Cinq à l’étage, cinq au rez-de-chaussée. On cherche dans les murs, les plafonds, les cocottes, derrière les assiettes, la chasse d’eau, les lattes de parquet, derrière le poêle. Le GIGN est passé ici, mais ils ne savaient ce qu’ils cherchaient. Nous, nous savons. On se retrouve dans la cuisine dans dix minutes. Que quelqu’un fasse du café. ̎
Je n’ai pas toujours été jardinier au chômage et écrivain du matin. J’ai aussi dirigé des équipes, entre autres pour organiser des festivals, mais aussi des grands jeux avec enfants – et adultes… - et des visites pédagogiques. Mais je suis tout de même assez fier de moi : les hommes s’exécutent sans discuter, du gendarme au paysan retraité. Ça a du bon, l’autorité !
Lorsque nous pénétrons dans les lieux, d’autres équipes s’éparpillent aux alentours, certaines iront même chez les voisins et… les propriétaires, après avoir obtenu autorisations et mandats, j’espère.
Je grimpe à l’étage, suivi de Simon et quatre gars inconnus au bataillon. Je ne fréquente pas assez les soirées-apéro dans le pays, moi ! Je me présente tout de même afin de mémoriser leurs prénoms. Je m’étonne qu’il n’y ait pas plus de femmes dans nos équipes de recherche. J’oublie souvent que les rôles restent bien déterminés dans la plupart des maisons : personne n’a dû penser à les prévenir et certaines auraient refusé de prendre part à cette activité "entre hommes". Ou alors, j’imagine que je vois le mal partout quand je ne suis entouré que de mâles… Hé hé hé – le mal mâle…-.
En réalité, j’ai plein d’images d’endroits où pourrait se cacher cette boîte – sous l’escalier, sous le four, etc. -, et je confronte ces fruits de l’imagination à la visite des lieux, remodelant à chaque pas ces projections. Pourvu que chacun fasse de même.
 

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