Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 25 – Un pipit farlouze dans la main

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

 
La maison ressemble à une grotte d’ermite mort depuis des centaines d’années. Elle est froide, humide, sale. Des duvets en boule sur les lits témoignent juste d’une occupation récente, ainsi que la vaisselle sale dans l’évier et sur la table en formica de la cuisine. On l’a retournée correctement, on a trouvé quelques objets personnels de nos deux tueurs, qui finiront entre les mains de la gendarmerie, mais rien de probant. Et pas encore de boîte.
L’équipe fume le clope devant la maison, respirant l’air sain du matin et savourant la chaleur d’un café fumant dans des verres coincés entre les doigts. Le gendarme avec nous relance une cafetière et va passer le mot aux collègues dispersés dans les environs. Ils viendront faire la pause ici et rendre compte de leurs avancées.
La grange est notre prochain objectif. Elle jouxte la maison et paraît presque en meilleur état. Par contre, la lumière n’est pas son fort. Le gendarme – mais comment s’appelle-t-il, celui-là ? - nous rapporte des lampes-torches. Je rappelle à tout le monde qu’il peut y avoir des objets tranchants et rouillés dans le noir. Prudence.
Une grange, c’est souvent deux niveaux : les étables en-bas, royaume du bois, de la paille, des araignées et des évacuations qui courent dans l’allée centrale ; le grenier en haut, pour les outils, les tracteurs, la paille et la bouteille de pastaga entourée de ses verres nettoyés au coin de chemise.
La quête est longue et minutieuse. Je me débarrasse d’une énième toile d’araignée tentant de blanchir encore plus vite mes cheveux jadis d’un noir de jais, les pieds sur un lit de bouse et paille séchée qui rebondit comme un sommier, lorsqu’un bruit attire mon attention.
Une trille. On dirait le printemps. Elle se renouvelle. Puis un autre son, plus prolongé. Des oiseaux chantent l’amour à l’étage au-dessus ! Avec des hommes qui fouillent partout, ils se seraient sauvés. Les appeaux !
Je contourne le talus pentu du pignon pour atteindre l’étage supérieur par sa grande porte. Simon sort glorieux dans la lumière. Il a un sifflet dans la bouche, dont il abuse sans cérémonie, il en tient une poignée dans une main et un coffret de bois et de cuir sous l’autre bras. Des pipits, des alouettes et des tariers chantent par sa barbe. Il est rayonnant.
Je me retourne vers le gendarme :
̎ - Comment tu t’appelles, au fait ?
- Jean.
- Jean, préviens tes chefs. On a trouvé la boîte ! ̎
Jean (- d’arme ?) colle sa bouche à la radio qui ballottait à sa ceinture. Il ne leur faut pas plus de trois minutes pour tous se rassembler au pied de la grange. Je laisse la gloire à Simon tandis qu’il tend la boîte à El Supremador Maelenn Degaëdic, qui recompose immédiatement les équipes. La chasse est interrompue. On va pouvoir rentrer à la maison.
Marc signale qu’il faudra que chacun passe à la mairie signer le registre qui consignera toute l’opération du matin, et afin que les salariés justifient de leur absence auprès de leurs employeurs (le langage pôle-emploi est devenu une seconde nature…).
Maelenn me pose une main chaleureuse sur l’épaule avant que je ne remonte dans la voiture à poil et à bière de Simon :
̎ - Tu avais raison, Loïc. Si la boîte est encore ici, il y a des chances pour que Karl Durandel le soit aussi. On va peut-être pouvoir l’attraper. Bravo, beau travail !
- Et les plans, le trésor, qu’est-ce que vous allez en faire ?
- Je n’en ai aucune idée, petit padawan*. Ce sera à mes supérieurs d’en décider. Je crains même que ça ne soit une décision politique, maintenant. Et ça ne serait peut-être pas une mauvaise chose : le Laos n’est pas très riche, ils pourraient apprécier ce genre de cadeau de la diplomatie française.
- Je ne crois pas que ça ira jusqu’à la diplomatie, sauf si on les y oblige, non ?
- Oui, peut-être. Tu as encore une idée, toi ?
- Oui, peut-être… Je pense qu’on pourrait rencontrer Karl Durandel sans violence. Vous l’arrêtez si vous voulez, ou vous en faites ce que vous voulez, il ne dira pas non. Et on va rendre le trésor au Laos par la même occasion. Par la voie diplomatique, bien-sûr. Mais pour ça, il ne faut pas que les plans remontent à vos supérieurs. Donnez-les moi. ̎
: un padawan est un apprenti chevalier jedi, dans la saga Star Wars...
 

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