Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 26 – Un plan audacieux mais amical

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...
 
 
 - Je ne peux pas faire ça. ̎
Sa voix est catégorique, mais son regard parle un autre langage. Je l’aurais deviné ! Maelenn Degaëdic aime prendre des initiatives, aime suivre son instinct. Hou ! Comme ça doit être dur dans l’armée et l’administration française pour une telle femme !…
̎ - Et bien disons que c’est déjà fait, et que c’est nous qui l’avons fait... ̎
Simon est ressorti de la voiture, curieux de ce qui nous retarde, et il se trouve juste entre nous et le reste des brigades encore en mouvement dans la cour du bâtiment. Ses épaules larges, sa casquette défraîchie, son allure débonnaire nous cachent des autres. Je lui fais un clin d’œil tout en sortant mon couteau pliable de ma poche (je l’aime bien ce couteau d’électricien, avec deux lames, une droite et une en quart de lune.). J’attrape la boîte encore sous le bras de l’incandescente inspectrice, la retourne et la perce sans hésiter.
La force de l’ordre aux yeux noisette manque de défaillir tandis que la force tellurique de la campagne et de la bière se met à sourire plus large qu’une porte de grange. Le cuir s’ouvre sous mes doigts, je tiens le couvercle dans mon autre main pour éviter la chute des appeaux, je suis sur le bois. Merde ! Il faut l’ouvrir par l’intérieur.
Mon regard à Simon devient pressant. Il s’étire le bougre. Mais c’est qu’il serait bon comédien, en plus ! Je me baisse, renverse les appeaux sur une pierre plate et propre, découpe à nouveau. Je sens tout de suite la capsule. Bingo !
Une toute petite capsule en céramique, à vis, beige et rouge, on dirait un gros comprimé. Je la glisse dans une poche de chemise, remballe les sifflets et tends la boîte à la bombe de défense nucléaire qui hésite entre la colère et le contentement. Je pense que je passe à deux doigts de la mort par combustion spontanée tellement ses yeux me font mal. Je souris.
̎ - Vous ne vous en apercevrez que lorsqu’on sera parti. Viens Simon, on a du travail…
- Loïc, c’est ma carrière qui est en jeu, là. T’as pas intérêt à ce que ça se sache.
Simon lui sourit et lui adresse un clin d’œil :
- C’était un plaisir, madame ! ̎
L’insolent ! C’est que je commence à bien l’aimer, ce Simon.
Le temps de grimper dans la voiture, je rappelle à mon chauffeur qu’il devra rester discret sur cette histoire, même si je doute qu’il en soit capable. En tout cas, il a réagi vite et bien, et c’est plus que je ne pouvais en espérer. Je glisse à nouveau sur la canette dans le fond de la voiture, et cette fois, il n’y a plus personne pour me retenir. Nous ne sommes plus que trois dans le 4x4, les autres ont pris d’autres véhicules. Seul sur la banquette arrière, je manque de m’écrouler. De mon portable, j’appelle Roméo.
Simon nous ramène jusqu’à la mairie de Boisset. J’y retrouve Monsieur l’adjoint et journaliste :
̎ - J’ai laissé un message à mes contacts au Monde et au Figaro. Je les rappellerai tout à l’heure, quand tu m’en auras dit plus. Qu’est-ce que vous avez fait ?
- On va convoquer une conférence de presse exceptionnelle. Il est question de restitution d’un trésor de guerre au Laos, de la bienveillance de l’État français, de l’arrestation de meurtriers dans le Cantal, d’espionnage et d’une histoire de famille et d’amitié qui remonte à 60 ans. Interdiction de prévenir Marc, il a des devoirs en tant que maire qui l’obligeraient à prévenir les gendarmes ou la préfecture. On s’est compris ? ̎
Simon est ma caution, mon témoin et ma garantie. Je ne sais pas si Roméo aurait pu accepter ce marché sans sa présence, détachée, souriante. Comme si le bon sens paysan et villageois avait le dessus sur toute autre considération ou responsabilité. Roméo risque gros lui aussi, en tant qu’élu et en tant que journaliste. En fait, on risque tous gros. Il n’y a que Simon qui ne semble pas s’en inquiéter : il s’amuse, lui. Il me suit. Je me demande s’il n’a pas une maison où il pourrait rentrer...
 

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