Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 27 – Une bise dans l’Ankou

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...
 
 
Je laisse Roméo organiser cette conférence de presse. Je lui laisse aussi la capsule contenant visiblement les micro-films de Durandel. Hors de question de me le faire voler encore une fois. Je rentre à ma maison. Simon a hésité. Mais il n’a trouvé aucune raison valable de continuer à me coller au train, surtout que les retrouvailles avec l’Ankou pourraient s’avérer... dangereuses. On échange tout de même nos téléphones, et je lui rappelle que nous aurons très certainement à faire avec la gendarmerie lorsqu’ils s’apercevront, officiellement, de la disparition des plans.
Nous avons autorisé les enfants à sécher l’école aujourd’hui. Après tout, ils ont été enlevés, leur père a manqué être tué et ils ont matraqué un tueur à domicile, de quoi créer un léger traumatisme… Réchauffement climatique oblige, il fait un temps printanier. En plus, en débarquant, je retrouve une rousse mutine à la table de la cuisine : Marcelle Dechantilly, de la Sécurité Intérieure. Elle porte une tenue sportive, discrète, qui souligne sa silhouette d’athlète. Ses cheveux incandescents donnent l’impression que la forêt d’automne est entrée dans la maison. Une forêt en chair et non en bois, mais qui réchauffe aussi… À côté, Cléa est… heu… ravie et boudeuse. La rousse est charmante, mais je la sens jalouse, encore ! Ça chauffe, vivement le printemps !
L’agent Muldy me sourit innocemment :
̎ - Maelenn m’a demandé de vous surveiller. Alors je me suis fait inviter à manger... ̎
Mon postulat est le suivant : l’Ankou a besoin d’informations. Il a dû suivre notre battue du matin, il doit se douter que nous avons retrouvé la boîte. Il va devoir se dévoiler, d’une manière ou d’une autre. J’espère que ça sera amical, et non avec armes et fracas. Mais du coup, la présence d’un agent près des miens n’est peut-être pas une mauvaise idée. En tout cas, j’ai connu des agents moins agréables…
Je décide de jouer la confiance. Je lui avoue que j’attends Karl Durandel.
̎ - Je pense qu’il ne tardera pas à savoir que c’est moi qui ai les plans, il va donc venir les chercher. ̎
Marcelle est une hôte réjouissante. Le rire facile, le regard chaleureux. Elle a tôt fait de détendre l’atmosphère, avec plein d’anecdotes rigolotes qui distraient les enfants. C’est le dernier repas de Clémentine avec nous, ses parents arriveront en début d’après-midi, pour les ramener en Ardèche. Elle et Cléa sont reparties à la Planche du Souq ce matin, chercher des affaires. Je ne les ai pas interrogées là-dessus, ça sortira si nécessaire, mais je sens que Cléa est marquée par cette visite, là où Seb a été assassiné. Et je ne parle pas de notre amie qui est retournée sur son lieu de vie désormais profané. En fait, c’est une bonne chose que la rousse à la Chantilly soit là. Et je crois qu’elle le sait.
Mon téléphone sonne alors qu’on s’installe en terrasse pour prendre le café au soleil. C’est une chance que l’appel passe, parce que mon portable a tendance à tout garder pour lui, dans la maison. C’est Simon, la voix un peu plus empâtée que ce matin :
̎ - L’Ankou, il est venu. J’étais au café et il m’a trouvé. Il m’a filé les jetons, dis donc. Il m’a demandé où étaient les plans. Je lui ai dis que tu étais rentré chez toi avec. Que tu savais qu’il allait venir. Que tu l’attendais. Il arrive, mec. Tu lui feras une bise dans l’Ankou – des rires jaillissent dans le téléphone, il n’est pas tout seul -. Ne t’inquiète pas pour moi, il ne m’a rien fait. De toute façon, il y a tout le monde ici, qui est prêt à me défendre…
J’entends les cris de la foule solidaire derrière lui.
- J’ai bien fait ?
- Merci, Simon. C’était exactement ce qu’il fallait faire. Tu es presque un héros, si seulement ta voiture puait pas autant…
- Hé, faut pas exagérer, non plus. L’héroïsme, ça transporte pas les brebis. Chaque chose à sa place...
Et les acclamations à cette dernière remarque reprennent de plus belle dans le bistrot.
- Je ne m’inquiète pas, Simon. Prends soin de toi, n’abuses pas trop…
- Ne jamais abuser de la sobriété, c’est un principe ! ̎
Je raccroche avant d’entendre de nouveaux cris.
Je regarde Marcelle. Je hoche la tête. Elle a déjà tapé son SMS, certainement pour Maelenn. Une voiture se glisse doucement par le portail. Un 4x4 noir aussi silencieux et redoutable qu’un gros serpent. Je me lève :
̎ - On va refaire du café. ̎
 

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