Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 29 – Le con fait rance…

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...
 
 
Ils sont venus d’Aurillac, de Limoges, de Toulouse, même de Paris. La Salle du Conseil, à la mairie, avait peu souvent rassemblé autant de monde. Roméo a fait dresser une table sur une estrade et les journalistes ont été installés sur des chaises en contrebas. Autour des sièges, plusieurs caméras filment déjà. Je reste en spectateur. Maelenn et Marcelle sont appuyées contre un mur de l’autre côté de la pièce. Je sais qu’elle devront rendre compte de cet événement qui se déroule sans l’aval de leurs supérieurs. Sur l’estrade, Roméo préside, Marc à ses côtés, et un homme râblé débride ses yeux pour observer l’assemblée : l’ambassadeur du Laos en personne a fait le déplacement.
Je sors. Il fait gris aujourd’hui. Une nappe de nuages bouche l’horizon. L’humidité s’infiltre et fait frissonner.
Tout à l’heure, on enterrera Bob. Je vois arriver Karl Durandel dans un gros 4x4 aux vitres teintées. Il est accompagné de deux gros bras des services secrets. Je ne sais pas exactement ce qu’il a négocié avec la Miss dessert à la chevelure rousse, mais je suppose qu’il a été question de son impunité en échanges de ses secrets. Une vie dont je ne voudrais pour rien au monde. J’ai hâte de retrouver mon actualité de jardinier-écrivain-chômeur. Et puis, l’hiver, c’est l’occasion de se reposer chez soi, pas de sortir tout le temps affronter des tueurs et des photographes de presse…
Je salue d’un hochement de tête le grand homme. Il pénètre dans la salle comble et prend place aux côtés de l’ambassadeur. Maelenn me rejoint sur le parvis de la mairie.
̎ - Ça va bien se passer. Les discours sont rodés. Les plans vont être remis officiellement à l’ambassadeur. Personne ne pourra le contester. C’était une sacrée idée ! Même si ça m’a coûté ma place. Ils m’envoient dès demain à la Guadeloupe, loin de la Métropole. Ils sentent bien que je n’ai pas été totalement innocente dans cette affaire.
- Je suis désolé, Maelenn. Je pense que tu as fait du bon boulot, ici. Ça n’est pas juste de te muter comme ça.
- Mais c’est l’armée, tu sais. Je n’ai pas à décider. Et puis, il fera meilleur là-bas.
- Que va devenir l’Ankou ?
- Un informateur. Il sera certainement placé en résidence surveillée, avec un faux nom, et il terminera ses vieux jours entre ses gardes du corps et ses souvenirs. Je ne m’inquiète pas trop pour lui... ̎
La conférence de presse a duré presque une heure. Les questions et les flash ont fusé dès que Roméo a eu terminé son speech et que le maire a officiellement remis les plans du trésor à l’ambassadeur. Quelques journalistes sont restés ensuite pour assister à l’enterrement de la première victime des ̎ tueurs aux appeaux ̎, comme ils sont déjà surnommés. Seb, lui sera inhumé sur les terres familiales, son corps a été rapatrié ce matin vers chez ses parents, à Limoges. Je ne crois pas que Clem revienne vivre ici. Elle va plutôt vendre la maison et trouver un poste d’instit ailleurs, loin, loin de ces souvenirs douloureux.
Il y a foule à l’église, il y a foule au cimetière. Bob était l’ami de près de la moitié du Cantal, plus des gens venus d’ailleurs. Cléa est descendue avec Margolette et les enfants et nous rentrons tous ensemble nous réfugier dans notre petit hameau. Une surprise nous y attend.
Les gardes du corps patientent près de leur engin aux vitres noires. Karl Durandel est sur la terrasse, enveloppé dans son grand manteau de mystère. Il salue cordialement Margolette, qui lui fait un clin d’œil. Je jure que je l’ai vu ! Je me demande s’il ne se cachait pas chez elle, en fait. J’éviterai de poser la question, je ne veux pas en savoir plus…
Il se lève à notre approche :
̎ - Je voulais vous remercier. Pour ce que vous avez fait, avec le trésor, et pour avoir permis de négocier avec les autorités. Je n’y serai pas arrivé sans votre petit coup de pouce. Alors j’ai apporté un cadeau pour vous. ̎
J’aperçois alors un objet rectangulaire emballé, posé sur le muret derrière lui. Je devine. La boîte… Il me la tend.
̎ - Les gendarmes ont accepté de me la rendre. Les appeaux sont de vrais objets uniques, artisanaux, fabriqués par un vieil artisan juif de chez moi. Ils valent chacun une petite fortune sur les marchés de collectionneurs. Je n’en aurai plus trop l’utilité, mais vous, vous pouvez apprécier de garder ce souvenir de moi, plutôt que la violence et la peur… J’apprécierais que vous acceptiez ce présent. ̎ 
Je la prends, la déballe. Sort un sifflet qui trille sous mon souffle. Je pense à Seb. Une trille similaire jaillit de la haie de frênes et de chênes derrière la maison, au bout du jardin. Yvon m’arrache la boîte des mains et se dirige dans cette direction.
̎ - Je crois que le cadeau est accepté. Vous partez ?
- Il est temps, oui. Je n’ai que trop traîné ici. Il faut maintenant que je disparaisse. Au revoir. J’ai été ravi que ce soit vous à qui j’ai demandé ma route, la semaine dernière. Je suis sûr que vous saurez utiliser cette histoire. Faites-en un roman... ̎
L’Ankou est remonté en auto avec ses gardiens. Ils sont repartis vers la nationale, vers le monde. Je ne suis pas encore rentré lorsque j’entends l’explosion.
 

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