Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 30 – Une fin, enfin.

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton
Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

 
Un cratère noir coupe la route à deux cent mètres de la dernière grange du hameau. Une carcasse de voiture fume sur le bitume fondu. Je pensais être blasé après tous ces événements, mais je reste choqué. Les secours et la gendarmerie arrivent lorsque Cléa me prend par le bras pour me ramener à la maison. Je reste hébété. Je ne respire presque plus. Mon cœur pourtant fait des bonds incontrôlés dans ma poitrine. Je réalise que la voiture aurait pu sauter dans notre jardin, que l’on aurait pu sauter tous avec. Mais quand est-ce que ça va se terminer ?
Yvon revient avec la boîte en bois recouverte de cuir sous le bras. Il me la tend :
̎ - Je les ai tous essayés. Il y en a un qui ne marche pas. Je l’ai démonté. Il y avait un papier roulé dedans, c’est pour ça que l’air ne passait pas. Tiens, je crois que c’est pour toi… ̎
Le mot est petit, roulé étroitement. Une écriture minuscule et appliquée trace des lignes parallèles en plein et en délié sur le papier. Je reconnais mon nom. Il me faut une loupe.
Je suis celui qui se lève, dans la maison. Pourtant, ce matin, je retourne me coucher. Le mot est de Karl Durandel. Il me parle de ses ennemis, ceux qu’il n’a pas déjà tué, ceux qui craignent ses révélations. Ceux qui attenteront très vite à sa vie lorsque la conférence de presse aura accompli sa mission. Alors, il doit disparaître. Il est désolé que ça se passe près de chez moi, mais ça doit être fait le plus vite possible. Maintenant, officiellement, il n’est plus. Je comprends que disparaître peut avoir plusieurs sens, selon la personne qui l’utilise, mais il aurait pu faire ça plus loin. On va aggraver le traumatisme des enfants, avec tout ça. C’était pas malin. Alors je préfère fuir, m’endormir, oublier. Même si je suis content que le grand homme ait organisé sa propre porte de sortie.
Des idées tournoient, m’empêchent de m’assoupir. Je repense aux appeaux, aux oiseaux, au tueurs, à Dave le fou, au gorille pacifique qui gardait Cléa et les enfants, à la sale réputation que je vais avoir sur le village. Je ne suis pas prêt de retourner à un concours de belote. Je pense à la voisine de Clem et Seb qui vit loin de son passé tumultueux, à Simon qui m’a aidé beaucoup plus qu’il ne le pensait ou que j’aurais pu supposer. Aux gens que je côtoie, aux projets professionnels que je nourris, que nous nourrissons avec Cléa, souvent à se demander s’il ne faut pas repartir construire ailleurs ce qu’on n’arrive pas à bâtir ici.
Je pense finalement que nous avons peut-être notre place dans ce pays, une place désormais marquée par le sang, mais aussi l’amitié, qu’il est temps d’arrêter de chercher ailleurs quand la vie n’est pas tout à fait à la hauteur de nos espérances. Peut-être que ce sont nos espérances qui ne sont pas à la hauteur de la vie. Peut-être que ce week-end m’a montré que j’étais d’ici, finalement, parce que c’est là que ça se passe, c’est là que je suis. Et en quatre jours, les gens d’ici ont été au-delà de mes espérances. Ils m’ont fait me sentir quelqu’un.
Je n’entends pas vraiment la porte poussée tout doucement, mais je sens que l’on se faufile à mes côtés. Je garde les yeux fermés. Des petits corps chauds s’installent d’un côté, un corps plus adulte et plus féminin de l’autre. Même les pattes de velours d’une bête qui ne vient plus si souvent se rouler en boule sur nos jambes. Je souris. Je suis bien. Je m’endors enfin.

Luc Guérant

 

Un commentaire sur “Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 30 – Une fin, enfin.

  1. Heureux dénouement… après nous avoir tenu en haleine ! Bravo.
    Et bonne chance pour l’édition “papier” à venir, confiée à la maison d’édition en émergence Maloloire, basée à Vic.

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