Oiseaux de Sang à Boisset : Chapitre 8 – Une boîte en cuir

 
par Luc Guérant
roman-feuilleton

 

Toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant réellement existé est purement volontaire. Que ces lieux ou ces personnes m’excusent par avance de ce que je vais faire d’eux, car là par contre, c’est du domaine de l’imaginaire...

 

 
Une dernière feuille contient des observations sur les appeaux, leurs matériaux, le son qu’ils produisent… Je regarde Clémentine :
̎ - Tu as retrouvé les appeaux ? Et la boîte ?
Elle hausse les épaules :
̎ - Non, mais je n’ai pas eu le temps de chercher. Tu crois que c’est ça qu’ils cherchaient ? On ne peut pas tuer pour un truc aussi stupide ! Mon Seb n’est pas mort pour un truc aussi stupide ! Ce ne sont que des sifflets…
La voisine l’interrompt, alors que les larmes commençaient à noyer sa voix :
- Moi, je chercherais plutôt du côté de la boîte. On faisait ça à l’époque, pour transmettre des messages discrètement, on les mettait dans une doublure ou un double-fond, et dans la boîte, des choses tellement précieuses ou originales que personne ne s’occupait du contenant. Les appeaux sont peut-être là pour cacher la boîte. C’est elle qu’il faut trouver. Bon, je suis vraiment navrée, Clémentine, pour ce qui arrive. Prends soin de toi. Il faut que j’y aille, maintenant. J’ai déjà beaucoup trop traîné... ̎
La vieille dame se lève et a un geste surprenant pour son apparence de bourgeoise guindée et par trop bigote : elle étreint tendrement Clémentine, comme une mamie. Et, encore plus surprenant, alors que je me lève de table pour lui ouvrir la porte, elle me pince les fesses :
̎ - Ne la laissez pas tomber ! Sinon, vous aurez affaire à moi. ̎
J’avoue que pendant un instant, j’ai vraiment peur. Elle disait peut-être vrai, concernant son passé un peu violent. En tout cas, en voilà une autre que je n’ai pas envie de contrarier. Ça commence à faire beaucoup. Ce village devient pesant, à la fin !
D’autant que lorsqu’elle est partie, Cléa se tourne vers moi :
- Tu la laisses partir ? Elle devrait parler aux gendarmes ! Et pourquoi elle te touche le cul ? Tu la connais ?
Je hausse les épaules.
- C’est ma maîtresse, oui, depuis 1954. J’étais un spermatozoïde très précoce ! ̎
Nos échanges arrivent à faire sourire Clémentine. Alors, j’en profite pour lui avouer le projet qui vient d’émerger dans ma tête :
̎ - Clem, je voudrais aller jeter un œil chez toi, avant que les gendarmes ne viennent nous interroger, que tu me dises où Seb a pu cacher cette boîte. Je serai de retour dans une heure maximum. Tu peux me guider ?
- Je voudrais venir, mais là, je n’ai pas la force de revoir la maison.
Elle se tourne vers ma compagne : - On peut encore rester ici ? Bien-sûr, Cléa acquiesce.
- Mais je n’ai plus la clé, je l’ai laissée aux gendarmes. Et ils ont dû mettre des scellés ou quelque chose comme ça… ̎
- Ça vaut quand même le coup de tenter... ̎
Elle me donne toutes les infos qui lui passent par la tête, sur la maison, les habitudes de notre ami… Et dire que l’assassin a peut-être déjà cette boîte entre les mains, ou alors que l’on fait complètement fausse route. Et si c’était un chasseur qui déteste les ornithologues ? Alors, il n’aurait pas tué Bob, lui-même chasseur. J’ai toutes ces pensées en tête en montant dans la voiture, et j’avoue que ça commence à faire un peu beaucoup…
 
Il y a une voiture de la gendarmerie devant la maison, des rubalises jaunes tout autour. Je pousse néanmoins la porte. Un jeune agent me dévisage. Il est plutôt mignon, l’air gentil. Il a des tâches de son sur le visage, des cheveux coupés à la brosse un peu négligés. Décidément, la gendarmerie de Maurs déjoue tous les pronostics. Où sont les gros et braves moustachus d’antan ?
̎ - Bonjour, je suis Loïc, je suis venu chercher quelques affaires pour Clémentine et les enfants, ils ont passé la nuit chez nous et ils n’ont pas pris le temps de faire un sac hier soir. Vous croyez que…
- Non, je ne crois pas. Mais je vais appeler le major. ̎
Le jeune homme se saisit de son portable, et je lui indique discrètement qu’il ferait mieux de se rendre au milieu du jardin, où la connexion sera bien meilleure. Et hop, dès qu’il s’éloigne, je me glisse dans le garage par la porte arrière de la cuisine. Je sais exactement où il me faut chercher. J’ai quelques secondes devant moi. Je tire deux cartons. Je soulève une vieille couverture. Elle est là ! Une boîte en bois, taille boîte à chaussures, recouverte d’un vieux cuir craquant. Je l’attrape et la pose sur la table, dans la salle à manger. L’agent ne la remarque même pas en rentrant :
̎ - Le major accepte. Mais vous devez me signaler tout ce que vous remarquerez, et me montrer ce que vous prenez. ̎
Trop content, j’incline la tête et grimpe à l’étage. C’est gênant de fouiller dans les affaires des gens. Je me saisis d’un gros sac et enfourne à la va-vite des affaires de toilette et du linge pour toute la famille. Je ne sais trop s’il s’agit de linge propre ou sale, tout est sens dessus-dessous ici aussi.
Je pose le sac sur la table, le vide et laisse l’agent vérifier son contenu. Puis je re-remplis le sac, la boîte mystérieuse au fond. L’agent n’a toujours rien vu. N’auraient-ils pas des problèmes de formation à la gendarmerie ? Ou alors, on ne leur fait pas lire assez de polars ni rencontrer assez de filous dans mon genre. Je le cache, mais je jubile.
Je remercie le gendarme et repars au plus vite vers la maison.
Un gros engin noir en a décidé autrement. Surgissant de derrière les piles du pont de la voie ferrée, il frappe fort !
 

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